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Hommage à Rosemonde Gérard

Elle rejoignit son mari le 10 juillet 1953

Les discours prononcés lors de ses obsèques.



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Discours de M. ROGER-FERDINAND,

Président de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques




Il n'y a pas sans doute de hiérarchie dans les chagrins des hommes et toutes les douleurs commandent un égal respect. Et tous les fils de la terre, même les plus apparemment indifférents, ont les réactions du poète dans le déchirement des adieux. Mais il semble qu'à quelques uns devraient être épargnée la peine d'une séparation qu'ils ont depuis toujours redoutée, parce qu'ils ont connu, chaque jour de leur vie, les joies d'une présence que rien ne pourra jamais remplacer.



Nous ne ferons pas à ces fils l'offense d'une consolation. Nous les laisserons à leur détresse parce qu'elle est, en vérité, le plus grand, le plus pur des hommages. Nous n'opposerons pas la leçon du courage à la misère qui les accable. Nous pouvons tout au moins leur dire qu'une mère a été payée de sa peine et de son amour lorsqu'elle a eu le bonheur de connaître tout au long de sa vie la joie d'être admirée, aimée et glorifiée par des enfants à qui elle avait su prodiguer ses trésors de tendresse et de foi.



Il semble que les mots que l'on pourrait dire à l'adresse de ces déshérités d'un irremplaçable bonheur, ne sauraient avoir le pouvoir de consoler ou alors il les faudrait génialement assemblés et riches d'un sens nouveau, presque magique et qui serait, peut-être, un sacrilège s'il devait apaiser la douleur ou en atténuer les effets.



Dans un monde qui a peut-être bien la chance ou plus simplement l'inconscience de ne pas prolonger les souvenirs et de se venger de l'injustice et du malheur dans le fracas des vanités, dans ce monde dont l'indifférence et l'ingratitude trouvent peut-être une excuse dans le malheur des temps, à tous les baladins de la joie de vivre qui puisent leur réconfort quotidien aux sources de l'oubli, il est réconfortant et exaltant aussi d'opposer les actes de foi et d'amour de ceux qui ont eu la sagesse de faire provision de souvenirs et de fidélités, dont il plaît à certain de ne pas s'encombrer.



Les poètes ont sur les autres hommes l'avantage, chèrement payé, de ne pas attendre la minute où l'on finit de vivre pour mesurer la fragilité de la condition humaine. Ils n'ont pas besoin de rappels à l'ordre pour savourer la grandeur et la joie d'aimer. Mais les poètes, s'ils ont ces avantages, sont des soldats sans armes, et ils n'ont pas, eux, le pouvoir de se libérer du regret et, avec le secours du temps, d'effacer ou d'apaiser la peine. Ils la devinent avant qu'elle ne les accable. Mais ils ne sont pas pour autant préparés au combat.



Cher Maurice Rostand, M. Jean Rostand, mon cher Maître, c'est à vous deux d'abord que nous pensons. C'est vous que nous supplions d'avoir un courage sans doute au-dessus de vos forces d'hommes et de fils, qui pouvez pourtant vous enorgueillir d'avoir rempli, avec noblesse, une mission dont vous aviez depuis toujours mesuré l'exceptionnelle grandeur. Vous avez su remercier votre mère des bienfaits dont elle vous a comblés, de vos bontés, de vos reconnaissances, chaque jour de sa vie, Rosemonde Gérard en a été le témoin naturellement émerveillé.



Les vivants n'ont pas le pouvoir de s'acquitter plus noblement et plus généreusement de leurs devoirs et, grâce à votre amour, le regret ne peut être aggravé de remords. S'il nous est permis de nous pencher sur votre désespoir, nous vous dirons que c'est encore aimer une mère et la récompenser que de défendre avec ferveur, comme elle a su le faire, la mémoire d'un génie immortel.



Vous puiserez à la source de votre amour le courage de vivre et de garder deux souvenirs, parmi les plus grands de ceux que nous avons tous le devoir et l'orgueil de défendre et de célébrer.



Qui pourrait exactement préciser ce que doit à Madame Rosemonde Gérard le répertoire français ? Comment ne rien oublier d'un palmarès prestigieux entre tous et dont chaque titre de noblesse est un acte d'amour.



On néglige volontairement de citer beaucoup d'oeuvres personnelles, toutes d'une qualité rare, et de parler longuement comme on devrait le faire, peut-être du « Bon petit diable », de « La marchande d'allumettes », de « La robe d'un soir », de tant d'autres ouvrages pour ne pas vous séparer, Madame, de la gloire de « L'Aiglon », de celle de « Cyrano », de celle de « Chantecler », qui sont aussi les vôtres...



Petite-fille d'un Maréchal d'Empire dont le nom figure sur l'Arc de Triomphe, Rosemonde Gérard était vouée d'avance à cette gloire dont la rumeur accompagna toute sa vie. Jeune et belle, animée du feu sacré qui lui inspire les vers charmants qu'elle rassemblera bientôt dans le recueil intitulé « Les pipeaux », elle rencontre le jeune poète dont elle devient la collaboratrice idéale et la muse inspirée.



Tout Paris, bientôt, et l'univers entier, subiront le charme tout-puissant qui se dégage de leur union poétique. Dans l'hôtel de la rue Fortuny, qu'une inscription dans le marbre désigne à la méditation du passant, Rosemonde Gérard assiste, vers par vers, à l'éclosion du chef-d'oeuvre dont le triomphe universel illustre avec le nom d'Edmond Rostand celui de Rosemonde Gérard, sa compagne et sa muse.



Pendant les répétitions de « Cyrano de Bergerac », à la Porte-Saint-Martin, un soir que Maria Legault, fatiguée, ne peut tenir son rôle, Rosemonde Gérard la remplace, au pied levé, et les comédiens éblouis admirent, aux côtés de Coquelin, une Roxane dont le souvenir ne s'effacera jamais de leur mémoire.



Quelques années plus tard, au cours des répétitions de « L'Aiglon », on peut voir Madame Edmond Rostand avec deux enfants, tout jeunes encore, mais dont les yeux brûlent d'une flamme déjà mystérieuse et qui seront, plus tard, illustres eux aussi, et justement illustres : Maurice Rostand, le poète, Jean Rostand, le savant.



Vous m'aviez fait, Madame, le don précieux d'une confiance et d'une amitié dont je serai toujours très fier. Et j'ai aujourd'hui l'honneur, et aussi le chagrin ? aussi grand l'un que l'autre ? de m'incliner, au nom de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, devant une très grande dame du théâtre et des lettres, dont l'action n'a été qu'amour et indulgence et qui n'a eu d'autre idéal, au cours d'une longue et merveilleuse carrière, que celui d'embellir la vie, d'apaiser les chagrins des hommes et de leur donner, avec ferveur et de toutes les manières, des raisons d'espérer.







Mme LA DUCHESSE EDMEE DE LA ROCHEFOUCAULD,

au nom du Comité Femina,



Pour Rosemonde Gérard




Nous savons bien que les paroles qu'on prononce au moment d'accompagner un ami au jardin funéraire ne s'ordonnent pas en discours, des personnalités qualifiées ont rendu hommage à l'oeuvre gracieuse et grave de Rosemonde Gérard, des critiques la commenteront ailleurs, plus tard... Les mots que nous dirons aujourd'hui sont encore ceux d'une conversation, d'un dernier entretien avec celle qui vient de nous quitter et qui parlait encore elle-même aux siens avant-hier.



C'est pourquoi, chère amie, je veux simplement, ce matin, m'entretenir avec vous, comme nous l'avons fait bien souvent aux réunions de ce Comité Femina qui vous pleure et où vous m'aviez accueillie si gentiment il y a sept ans. Faut-il rappeler les liens qui ont été les nôtres ? ? depuis longtemps, car mon père me parlait déjà de Rosemonde quand j'étais enfant. Il avait rencontré une jeune fille aux yeux bleus, et son souvenir, qu'il évoquait encore pour moi quand, cinquante ans plus tard, je fis moi-même votre connaissance.



Ces cinquante ans de vie de femme, que vous les aviez merveilleusement employés auprès du brillant auteur de « Cyrano » et de « L'Aiglon » ! Vous avez écrit des pièces de théâtre, des biographies, bien des poèmes d'anthologie, et ces vers ravissants que tous les jeunes couples ont répétés et inscrits sur leurs anneaux d'argent ou d'or, soulignant un amours sans cesse croissant :



... Je t'aime davantage,

Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain.




Puissent les générations nouvelles vous répéter ces vers, à vous-même : votre talent, votre sensibilité rare le méritent. Quant à moi, lectrice admiratrice, cher Jean, cher Maurice, vous avouerai-je que j'ai souvent évoqué en pensant à vous deux, les ravissantes strophes du poème « Enfance » :



Enfance, merveilleuse ronde

Où le plaisir vous prend la main,

Minute enchantée où le monde

Semble tenir dans un jardin.




Hélas ! ce matin, le monde, pour vous, semble encore tenir dans un jardin, trop tristement. Sachez du moins que ceux qui vous entourent partagent, éprouvent votre peine ; ils songent à cette tendresse admirable qui vous fut prodiguée, à ces dons extraordinaires qui vous furent transmis par des parents exceptionnels. Croyez (puisque nous le voyons, nous, vos amis) que ces parents généreux et remarquables revivent en vous, que cette mère douce, gaie et qui avait le don divin, est en chacun de ses enfants, qu'elle sera en eux sans cesse présente et que son âme ne peut vous quitter. Pour ma part, je le pense absolument.



Malicieuse, enjouée, heureuse d'être restée jeune avec une intelligence sereine, un esprit délicieux, un coeur exquis, telle nous avons connu notre collègue Rosemonde Gérard, fidèle jusqu'au bout à la tâche du « Femina », telle nous en conserverons l'image.



Elle se perpétuera dans ses oeuvre. Elle se perpétuera dans ses fils ? et c'est pourquoi, malgré ce deuil et ces fleurs ? chère Rosemonde Gérard, je vous le dis dans cet entretien familier et ultime, nous vous sentons toujours parmi nous.









DISCOURS PRONONCE PAR M. PASCAL-BONETTI,

Président de la Société des Poètes Français




C'est le suprême hommage de la Société des Poètes français que j'ai le douloureux honneur d'apporter au beau poète que nous pleurons aujourd'hui.



Rosemonde Gérard fut des nôtres toujours. Elle avait, un temps, fait partie de nos Conseils. Nous avions eu la fierté il y a deux ans, comme firent nos aînés jadis pour Joé-Maria de Heredia et Léon Dierx, de la porter à notre vice-présidence d'honneur.



Et notre peine est grande de voir s'éloigner de nous, du moins en son apparence humaine, l'un des coeurs, l'un des esprits dont s'enorgueillissait le plus notre phalange lyrique. Je dis « en son apparence humaine » car nous savons bien, tant son souvenirs nous restera fidèle, tant sa douceur, sa grâce et son harmonieux talent nous demeurent sensibles et présents, nous savons bien que pour nous, poètes, elle est vivante encore.



Madame,



Vous avez dit vous-même, parlant de cette adorable Comtesse de Genlis dont vous étiez l'arrière-petite-fille :



Ah ! comme on saurait mieux parfois

Ecouter la voix qui palpite

Si l'on savait comme les voix

Sur la terre se taisent vite !...




Mais, de même qu'autrefois votre aïeule ravissait toute la cour de France par la grâce tendre et l'âme chantante de sa harpe, vous avez, vous, de nos jours, modulé sur d'harmonieux « pipeaux » une chanson ailée, tour à tour scintillante et touchante, joyeuse et nostalgique, riche de fantaisie autant que de raison, qui a su ravir les coeurs tout au long d'un demi-siècle.



Mais que votre grande ombre se rassure ! Votre voix palpitante, qui comme toutes les voix humaines devait se taire un jour ? et toutes les grandes voix se taisent toujours trop vite, hélas ! ?nous avons su l'écouter et notre temps, en dépit des modes éphémères et folles, sait encore l'entendre !



Toute jeune, à l'aurore de la vie et de l'amour, vous donniez à la poésie féminine des chants qui demeurent parmi les plus émouvants. Tels de vos vers ne sont-ils pas toujours dans toutes les mémoires ?



Mais ce n'est ici ni le lieu ni le temps de parler longuement et précisément de votre oeuvre. Nous le ferons pieusement plus tard.



Votre vie, qui s'est déroulée toute entière dans l'ombre et dans l'éclat de tant de gloires ? et je pense aux gloires aussi de vos deux fils ? votre vie, Madame, fut toute poésie, tout amour, toute bonté, toute indulgence aussi et toute ferveur pour vos frères et pour vos soeurs en poésie.



Et puisque nous voici maintenant dans les jardins de nos dieux, morte non, mais vivante pour nous, vivante à jamais, qu'il me soit permis, en vous apportant l'adieu ou plutôt l'au-revoir des Poètes français, de reprendre, en y touchant à peine et en vous les offrant en forme de prière, quelques uns de vos vers :



Apprenez-nous comment vous-même

Vous penchant au bord des gazons

Vous résolviez le grand problème

Du mystère avec la raison,



Et donnez nous l'intelligence

De savoir, en toute ferveur

Préférer à nos préférences

La vérité des autres coeurs !










ALLOCUTION PRONONCEE PAR JEAN DE LA ROCCA,

Président de la Société « Les Amis d'Edmond Rostand »




Au nom de la Société « Les Amis d'Edmond Rostand », que j'ai le très grand honneur de présider, j'ai le pieux et douloureux devoir de m'incliner devant le cercueil de la femme au grand coeur et de l'admirable poète que fut Rosemonde Gérard.



Quand, avant-hier, nous avons appris sa mort, nous avons eu, soudainement, la sensation que le ciel se voilait, pour s'associer à notre deuil... Lorsqu'un grand poète ferme les yeux, la lumière du monde diminue.



Rosemonde Gérard fut poète naturellement, spontanément, comme le ruisseau qui coule en reflétant l'azur, comme le rossignol qui traduit son rêve en sanglots de cristal. Il chante, le rossignol, pour la nuit bleue qui l'environne, pour l'arbre qui le berce avec le bruit des feuilles... Rosemonde Gérard a chanté, de toute son âme harmonieuse et vibrante, parce qu'elle avait reçu du ciel la mission de chanter !... Et maintenant que sa voix limpide s'est tue, un grand silence se fait en nous.



Elle ne comptait dans notre Société que des admirateurs, que des amis. Dès la fondation de notre groupement, elle fut avec nous, près de nous. Elle nous guidait, de ses conseils toujours éclairés. Elle présidait ? au premier rang ? toutes les manifestations littéraires et artistiques que nous organisions en l'honneur d'Edmond Rostand, en l'honneur du grand et prestigieux poète dont l'oeuvre, si fière et si pure, continuera à faire battre les coeurs, tant qu'il y aura encore en France le goût de la clarté, l'amour du panache, et la passion du sacrifice !



Ma chère et grande amie, vous qui, durant votre existence, n'avez été pour nous que charme, indulgence, douceur et bonté, aujourd'hui, pour la première fois, vous nous causez une peine profonde... en nous quittant. Mais la douleur que nous devons à un poète peut être adoucie, consolée par la pensée réconfortante d'un autre poète. Nous nous évaderons de notre poignante mélancolie en trouvant dans l'oeuvre immortelle de Sully Prudhomme des raisons de croire et d'espérer, et je veux, en terminant, citer les dernières strophes de son admirable poème « les yeux » :

Ah ! qu'ils aient perdu le regard,

Non ! Non ! cela n'est pas possible !

Ils se sont tournés, quelque part

Vers ce qu'on nomme l'invisible ;



Et comme les autres penchants

Nous quittent, mais au ciel demeurent,

Les prunelles ont leurs couchants,

Mais il n'est pas vrai qu'elles meurent !



Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,

Ouverts à quelques immense aurore,

De l'autre côté des tombeaux,

Les yeux qu'on ferme... voient encore !



© FASQUELLES EDITEURS







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  Auteur

Ludovic Diamant-Berger

Ludovic Diamant-Berger



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Publié le 27 / 02 / 2007.


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