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Prologues à  de nouvelles musiques

Trois textes de présentations pour des Souvenirs d'Arras

A l'occasion de la création de trois pèces musicales consacrées à Cyrano le 22 mai 2009 à Arras, Thomas Sertillanges a écrit et enregistré trois courts textes pour remettre les auditeurs dans l'ambiance de la pièce.


Souvenir d’Arras, de David Di Chiera



Madame, Monsieur, l’histoire que nous allons vous raconter se déroule en 1640. Une histoire de feu et de sang, une histoire empanachée de gloire, une histoire d’amour, entre Roxane, la belle, précieuse pas ridicule du tout, et Cyrano, celui qui se croyait plus laid que la bête, une histoire qui nous fait pleurer, selon notre âge, d’espoir ou de nostalgie.



Roxane, c’est « La plus belle » « Tout simplement qui soit au monde !



La plus brillante, la plus fine, la plus blonde ! » (I, 5)



Et Cyrano, persuadé que lui interdit

« Le rêve d’être aimé même par une laide,

Ce nez qui d’un quart d’heure en tous lieux [le] précède »… (I,5)



Inconsciente de cet amour, insouciante, Roxane s’éprend de Christian. Christian qui avoue être « sot à s’en tuer de honte ».(II, 10) Voilà un défaut rédhibitoire pour une Roxane !



Alors Cyrano a une idée folle : puisque Christian se désespère de ne pas avoir d’éloquence, notre héros lui lance :



« Je t’en prête !

Toi, du charme physique et vainqueur, prête-m’en :

Et faisons à nous deux un héros de roman !

Puisque tu crains, tout seul, de refroidir son cœur,

Veux tu que nous fassions- et bientôt tu l ‘embrases !-

Collaborer un peu tes lèvres et mes phrases ? » (II, 10)



Cyrano à partir de ce jour, se charge d’écrire à Roxane, sous la signature de Christian,



« Croyez que devers vous mon cœur ne fait qu’un cri,

Et que si les baisers s’envoyaient par écrit,

Madame, vous liriez ma lettre avec vos lèvres !… » (III,1)



La guerre des Flandres s’intensifie, la place forte d’Arras, occupée par les Espagnols, est assiégée par les Français, eux-mêmes entourés par les troupes du cardinal infant d’Espagne… La Compagnie des Cadets de Gascogne, à laquelle appartiennent Cyrano et Christian, est prise au piège.



Deux fois par jour, malgré la furie des canons, Cyrano traverse les lignes espagnoles et envoie une lettre à Roxane… 



« Pour souffrir, puisqu’il m’en faut un autre,

Si vous gardez mon cœur, envoyez moi le vôtre ! » (III, 1)

Des lettres qui enflamment le cœur de Roxane et la conduisent à rejoindre Christian sur le champ de bataille. Elle connaît ses lettres par cœur :



« Je lisais, je relisais, je défaillais

J’étais à toi. Chacun de ces petits feuillets

Etait comme un pétale envolé de ton âme.

On sent à chaque mot de ces lettres de flamme

L’amour puissant, sincère… » (IV, 8)



Alors Christian comprend que Cyrano aime aussi Roxane et qu’il n’est plus, lui, qu’un héros de roman. Il exige de son ami que la supercherie soit révélée pour qu’elle choisisse entre eux deux. 



« Mon Dieu, c’est vrai, peut-être, et le bonheur est là. » ose à peine penser Cyrano.(IV, 10)



Mais l’assaut est lancé, le premier coup de feu de l’ennemi claque, des soldats ramènent Christian, gravement blessé, à l’agonie. Roxane le prend dans ses bras, et trouve sur lui une lettre. Elle est tachée de sang… Eperdue, Roxane reçoit le dernier souffle de Christian. Et Cyrano s’enferme dans son secret :



«  Et je n’ai qu’à mourir aujourd’hui,

Puisque, sans le savoir, elle me pleure en lui ! » (IV, 10)



À cette histoire, en partie réelle, puisque le vrai Cyrano a réellement participé au siège d’Arras où « ce démon de la bravoure » reçut un coup d’épée au travers de la gorge, et que le vrai Christian de Neuvillette y a été tué, Edmond Rostand a ajouté ses couleurs de poète.



Et, ce soir, David DiChiera ses notes de musique.

Le Souvenir d’Arras que vous allez écouter est la transcription pour violon, violoncelle et piano de son opéra Cyrano, créé en 2007 à l’Opéra de Detroit. Il nous transporte sur le champ de bataille, nous fait entendre le dialogue entre Roxane et Christian, avant que la mort ne le frappe, et ce seront ensuite les cloches du couvent où Roxane partira enfermer sa douleur…





« De la plume au panache » de Stéphanie Compare



Cyrano est rentré à Paris. Il a quitté l’armée. Il fréquente les cercles littéraires et philosophiques, vivant chichement de quelque argent que lui verse son père. Il a troqué la violence des armes contre celle des idées. Celui qui se décrit, par Edmond Rostand interposé, comme :



« Philosophe, physicien

Rimeur, bretteur, musicien

Et voyageur aérien » (V, 6)



refuse toute vérité qui ne s’appuierait pas sur la raison ou la preuve scientifique. Il écrit une comédie, que Molière appréciera en connaisseur, en reprenant toute une scène pour ses Fourberies de Scapin, le fameux « Qu’allait-il faire dans cette galère ? »(V, 6)



Il compose une tragédie qui sera interdite pour cause d’impiété. Il ose en effet nommer :



« Ces dieux que l’homme a faits et qui n’ont point fait l’homme » (Cyrano de Bergerac, La Mort d’Agrippine), convaincu

qu’« Une heure après la mort,  notre âme évanouie

Sera ce qu’elle était une heure avant la vie » (Cyrano de Bergerac, La Mort d’Agrippine)



Inventeur de machines comme Léonard de Vinci, voyageur lunaire avant Jules Vernes, Méliès et Tintin, Cyrano est un homme à la pensée libre, audacieuse, un homme de paix qui proclame, en pleine guerre contre l’Espagne qu’ « Un honneste homme n'est ny François, ny Aleman, ny Espagnol, il est Citoyen du monde, et sa patrie est partout ».(« Lettre contre les Frondeurs », in  Œuvres comiques, galantes et littéraires).



C’est un amoureux de la nature qui chante « le bruit de l’eau du torrent qui raconte aux cailloux ses voyages »… Un homme qui sait que



« [sa] mère

Ne [l]’a pas trouvé beau » (V, 6)



mais affirme non sans humour



« qu’un grand nez est à la porte de chez nous une enseigne qui dit « Céans, loge un homme spirituel, prudent, courtois, affable, généreux et libéral… » (Cyrano de Bergerac, Etats et Empires de la Lune et du Soleil)



Et Cyrano est un homme seul.  Il attaque dans ses Lettres les



« faux nobles, les faux dévots, les faux braves, les plagiaires, tout le monde ! » (V,2)



En réalité, ce qu’il voudrait, passant de la plume au panache, ainsi que nous le propose Stéphanie Compare, dans sa première composition jouée en concert, c’est :



« Rêver, rire, passer, être seul, être libre,

Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,

Mettre quand il vous plaît son feutre de travers,

Pour un oui, pour un non, se battre, - ou faire un vers !

Travailler sans souci de gloire ou de fortune

À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !

N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,

Et, modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,

Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,

Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !

Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,

Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul ! » (II, 8)



« La lettre à Roxane » de Pierre Thilloy

 

Nous voici maintenant en 1655, soit 15 ans après le siège d’Arras. Veuve inconsolable, Roxane s’est réfugiée au couvent des Dames de la Croix où, en ami fidèle, Cyrano, vient la visiter chaque samedi.



En ce dernier jour de septembre, alors que Cyrano est en chemin, un laquais laisse choir sur lui une pièce de bois qui lui entaille profondément la tête.



« Chacun de nous a sa blessure », lui dit Roxane qui ne s’est pas encore aperçue de celle de Cyrano,



«Chacun de nous a sa blessure, j’ai la mienne,

Toujours vive, elle est là, cette blessure ancienne,

Elle est là, sous la lettre au papier jaunissant

Où l’on peut voir encor des larmes et du sang ! ».(V, 5)



Cyrano sait qu’il vit ses derniers instants. Il lui demande s’il peut lire cette lettre que Roxane porte toujours sur elle, comme la plus précieuse des reliques… Cyrano dit les premiers mots :



« Roxane, adieu, je vais mourir ! ».(V, 5)



Mais voici que dans le jour finissant, Roxane se rend compte que Cyrano ne lit pas la lettre, mais qu’il la récite, comme s’il la connaissait par cœur. Reconnaissant alors la voix qui lui parlait dans l’obscurité, sous le balcon, au temps des jours heureux, Roxane comprend :



« J’aperçois toute la généreuse imposture :

Les lettres c’était vous…

Les mots chers et fous,

C’était vous…

La voix dans la nuit, c’était vous. » (V, 6)



Ce sont maintenant le piano et le violoncelle, à travers la musique de Pierre Thilloy qui vont faire vivre les sentiments de Roxane et de Cyrano, au moment où tout est dit, où tant de choses meurent, et tant de choses naissent dans le cœur de nos héros.



« Roxane, adieu, je vais mourir !

C’est pour ce soir, je crois, ma bien-aimée !

J’ai l’âme lourde encor d’amour inexprimée,

Et je meurs ! Jamais plus, jamais mes yeux grisés,

Mes regards dont c’était les frémissantes fêtes,

Ne baiseront au vol les gestes que vous faites :

J’en revois un petit qui vous est familier

Pour toucher votre front, et je voudrais crier…

Mon cœur ne vous quitta jamais une seconde

Et je suis et serai jusque dans l’autre monde

Celui qui vous aima sans mesure, celui… » (V, 5)





© Thomas Sertillanges 7 mai 2009





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 Thomas SERTILLANGES

Thomas SERTILLANGES

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Publié le 21 / 04 / 2009.


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