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Jean Piat de Bergerac

Une représentation à l'Hôtel de Molière

Gabriel Macé, dans le Canard Enchaîné du 19 février 1964,, trouve que, décidément, le nez de Jean Piat est un peu court, jeune homme !


Le public qui arrive peu à peu. Bourgeois, Gazetiers, Vedettes, Tout-Paris en tout genre. Papotage, rumeurs, saluts et baise-mains des grandes générales.)


SCENE I


LE BOURGEOIS (à son fils)
Mordieu ! que voilà donc, mon fils, un peu parterre !
Déjà trois présidents, pour voir ce Crano !
Tiens, le petit, là-bas, qui dort : c'est Paul Renaud !
Et là, c'est Edgar Faure !...


LE JEUNE HOMME
                                               Eh ! bien ! la belle affaire !
Et viendra-t-il le Grand, le seul que je connais ?


LE BOURGEOIS
Tu vois le générale à cette générale ?
Il  faudrait supprimer la tirade des nez !...


LE JEUNE HOMME
Et ton Cyrano tout entier !...


UNE VIEILLE DAME (confidentiellement, à une autre dame)
                                                ... Malraux râle !


LE JEUNE HOMME
Pour moi, le truc des nez, c'est vachement nouveau
Dit par le Roger Pierre et le Jean-Marc Thibaud,
Avec ce bel accent marseillais...


LE BOURGEOIS (outré)
                                                        ... C'est du beau !


UN QUELCONQUE FERAL (voix de fausset, à la cantonade)
Hé quoi ! Nous arrivons ainsi que les drapiers,
Sans déranger les gens, sans marcher sur les pieds ?


LE BOURGEOIS (à son fils)
Pas besoin de chercher la rime au mot balcon...
Tiens, regarde au balcon justement : je me damne !
Voilà qui va faire frémir l'autre Roxane :
C'est Michèle Morgan !...


LE JEUNE HOMME
                                                Ne joue pas les Barbon
De Casteljaloux !... Donc, si j'en crois l'affluence,
C'est un événement, ton Cyrano-Jean Piat,
Qui va bouleverser la Navarre et la France ?
Mais il ne ferait pas à rond à l'Olympia !


(Les trois coups font taire les rumeurs et le spectacle commence.)


SCENE II
(Jean Piat est arrivé sur scène.)


LE GAZETIER DU "CANARD" (à part soi)
Moi, si j'étais Jean Piat, si j'avais un tel nez,
Il faudrait sur le champ que je me le refasse !
Il va faire rugir, ici, les abonnés !
Quoi ! ce nez retroussé, avec si peu de race,
(Ah ! Il pourrait venir sans peur le Général !)
Est-ce là ce tarin, cette oblongue capsule,
Ce monument, ce cap, cette péninsule
Sur quoi Cyrano était si chatouilleux ?
Et qui dira que ce petit nez en trompette
Est propre à claironner les grands vers orgueilleux
De ce cher Savinein ? Ah ! Saperlipopette,
Nous voilà loin du laid, du mâle Cyrano
De Bergerac ! Voilà enfin du nouveau :
Un Cyrano qui est, ma foi... mais plutôt beau !
Aussi beau que Christian en tout cas par les yeux,
Les lèvres, le menton, la démarche. De sorte
Qu'on ne comprendra pas, ou que le diable m'emporte,
Que Roxane puisse hésiter entre les deux.
Ou alors, voudrait-on, la Roxane-Casile,
(Si précieuse et belle, avec son cou gracile)
Nous la faire passer pour une parfaite imbécile ?
Ou alors, voulait-on, d'un nez peu affiché
- Le panache de Piat étant peu panaché -
Nous présenter ce soir une tout autre pièce,
pour faire au vieux Rostand sa deuxième jeunesse ?
Allons ! Je vois d'ici la chute, à vue de nez :
- "Jeudi, treize du mois, une heure après dîné,
Monsieur Edmond Rostand est mort assassiné.


SCENE III
(Cyrano-Piat vient de s'écrouler sur scène)


LE BOURGEOIS (à son fils)
Regarde ce Jean Piat qui n'avai tl'air de rien.
Le succès que lui fait tout le monde, ce soir !
Chacun oublie son nez... pour ne pensez qu'au sien.


LE JEUNE HOMME
Dis, tu ne voudrais pas me passer ton mouchoir ?





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»  1964 - Jean Piat à la Comédie Française


Publié le 23 / 06 / 2007.


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