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Sur scènes et sur écrans

2005 - Armand Giordani

Art Images Compagnie - Marseille

« Cyrano » est le meilleur des rêves mais aussi le pire des cauchemars.


NOTE DU METTEUR EN SCÈNE


Cyrano de Bergerac ?


Le titre seul fait peur non seulement par le contenu, riche, foisonnant, tonitruant, mais aussi par l'aspect héréditaire, par l'image collée sur les parois de notre mémoire !


Chacun de nous, à un moment de notre existence a été troublé, remué, excité voire transporté par l'interprétation du rôle titre ; Bernard Noël, Pierre Dux, Jean Piat, Jean Marais, Jacques Weber et plus sûrement Daniel Sorano ont fait sonner, au théâtre, dans nos oreilles et dans notre cœur, les vers sublimes de Rostand. Par son vécu, « Cyrano » est le meilleur des rêves mais aussi le pire des cauchemars.


La question est : Comment être le personnage et ne pas copier nos anciens ? La réponse est en nous ; l'influence est nécessaire mais en aucun cas le plagiat ? Et pour éviter cet écueil, notre propre personnalité nous guide dans nos choix ; certes le personnage doit être présent et ne ressembler à aucun autre, mais la façon d'agir et de parler nous incombent à nous comédiens. Nous nous devons à un travail de recherches à la fois Historiques mais aussi comportementales. Nous ne vivions pas au XVIIème siècle comme l'on vit de nos jours.


Personnellement, je demande aux comédiens, et c'est un travail ardu, de parler le texte et non pas de se laisser porter par le chant du vers qui pourrait être notre chant du Cygne? Donc, nous allons adapter notre voix (ou plutôt nos voix) au personnage mais nous allons réapprendre à marcher, à s'asseoir, à vivre selon les codes de ce siècle là. Il me paraît important que nous paraissions les plus naturels du monde tout en composant des personnages qui ne nous sont pas proches voir même opposés.


Le XVIIe siècle est une période artistique prospère alliant rigueur, droiture, netteté et émotion, fragilité, humour ; comme chez Molière, afin de trouver une vérité dans le phrasé, les mots sont envoyés, sans agressivité, comme des flèches, ou plus précisément comme des épées fendant l'air en estoc ? Les assauts sont nombreux, et comme chez Shakespeare, Rostand utilise à la fois les duels de mots et les joutes d'épées. Comme lui, il situe une des plus belles déclarations d'amour du bas d'un balcon vers le firmament ; les ténèbres au pied de la Clarté, la nuit amoureuse du jour, la lune illuminée par le soleil  ?


L'ensemble des corps éclipse les différences ? De plus, et pour clore ce comparatif, comme le Maître du Théâtre Anglais, Rostand rend hommage à son art, en mettant le théâtre dans le théâtre, le jeu se moquant du surjeu ? Ce qui me permet de faire cette transition : la pièce a été jouée en 1897 mais elle se situe en 1640, sous Richelieu, Louis XIII, petits marquis et autres fâcheux? Ce choix n'est absolument pas fortuit. C'est le temps des héros, des gens qui partaient vers des croisades imaginaires en psalmodiant le nom de leur chef avec respect et amour ; Henri IV a marqué les cerveaux de ces jeunes gascons conquérant Paris de leur esprit libertin, afin d'y trouver Batailles rangées et Amours désordonnées. Mais tous ces « Ulysses » , ces voyageurs ailés transportés par la frénétique envie de vivre aux sons des cloches de leur rapière, ont trouvé leurs « Homère », poètes perdurant leurs actions d'éclat, et chantant les louanges de leur courage ; ce sont les auteurs du XIXème siècle. « En ce temps là », comme dirait Brecht, les romans de cape et d'épée faisaient fureur ; « Les Trois Mousquetaires » de Dumas père, « Le Bossu » de Paul Féval, « Le capitaine Fracasse » de Gauthier, « Quentin Duward » de Walter Scott (et tant d'autres encore), sont les prémices de cet admirable chef d'œuvre signé Edmond Rostand.


Nous y retrouvons par ailleurs D'Artagnan, dans une apparition au premier acte (hommage non déguisé au Maître Dumas). Mais, tous ces Romans et pièces d'aventures chevaleresques ont été influencés de manière incontournable par Cervantès et son « Don Quichotte » : pour preuve de cela, tous ces rapprochements décrits par Dumas pour son « D'Artagnan », Féval pour son « Lagardère » et enfin Rostand pour son Cyrano.


Il est indéniable que l'héroïsme aveugle relie tous ces protagonistes en quête de nouvelles sensations fortes face aux dangers. (Pour la petite histoire, il est amusant de dire que Paul Féval fils a écrit des suites aux aventures de Cyrano sous le titre : « Cyrano et D'Artagnan »). Cyrano fait partie de ces moments dédiés à l'homme, où l'on retrouve avec panache, les différentes sensations humaines : l'Amour, l'Humour, la Liberté de penser, la Jalousie, la Fierté, la Camaraderie, la Tolérance, l'Intolérance, la Poésie, la Musique, l'Héroïsme, la Lâcheté, la Sottise, l'Intelligence? Bref ! Tout ce qui constitue les qualités et les défauts des Sociétés dites civilisées.


Cyrano au début de la pièce est jeune (pas plus de vingt ans), impétueux, cassant?Il n'aime pas les compromis. Héros dans le c?ur, poète dans l'esprit, il représente l'espoir d'une vérité, d'un combat contre l'ignorance, la cupidité et le mauvais goût. Même si parfois Cyrano en fait un peu trop en esprit bravache, il n'en faut accuser que la spontanéité de sa jeunesse et la vivacité de son esprit toujours en marche. Le manque d'acceptation de soi le pousse dans des retranchements qui le rendent orgueilleux, vaniteux et sans nul doute suicidaire ?Mais il est encore un cadet et la vie s'ouvre à lui ? Ses actes le personnifient mieux que sa propre ombre et rendent invisible, à ceux qui l'aiment ou l'idolâtrent, le milieu de son visage ? Et ce regard candide que pose sur lui «l'enfant ou le frère d'arme » lui fait oublier sa différence (le vrai Cyrano avait une balafre, s'est réellement battu contre cent hommes et était un vrai libertin, dans le sens du 17ème siècle, c'est à dire « ma pensée n'habite que mon esprit et non le domaine des dieux »).


Il en est de même pour Roxane ; jeune précieuse (et non Romantique) de dix-huit vingt ans, vivant dans un monde totalement à part, basé sur l'artifice et la carte du Tendre. Elle regarde les êtres et les choses avec cette froideur bien connue des précieuses de Salon. Blonde comme les blés, frimousse adorable, taille fine, coquette, elle représente la beauté extérieure ; toutefois, dans son âme, il y a très peu de place pour les choses essentielles de la vie. Elle base son amour sur la beauté du mot allié à la beauté du visage. Elle est le contraire de Cyrano, qui, ayant un visage déformé par le fameux cartilage osseux, a développé un c?ur pur et sincère. Mais tout comme Cyrano, Roxane va évoluer, découvrir des pensées et des actes dont elle n'avait absolument pas conscience, grâce à l'Amour que lui portent deux jeunes hommes. L'un est laid, nous le connaissons déjà, et l'autre est beau comme l'astre du jour.


Christian n'est pas le pâle jeune premier tel que l'on a l'habitude de montrer ? Il est courageux, fidèle en amour et en amitié, sincère, attaquant, mais pleutre lorsqu'il s'agit de parler aux femmes. Est-ce pour cela que nous devons le mettre au rang des faire-valoir ?


Tout comme Le Bret, l'ami intime de Cyrano (ils se connaissent depuis l'enfance), ou Ragueneau (Pâtissier poète connu et reconnu pour sa bonté, son courage et ?. Ses choux) ou enfin De Guiche, le soi-disant « méchant » de la pièce ? Il n'est pas plus « méchant » que vous et moi, mais il « aime » et jalouse au point de commettre des actes qui paraissent assez odieux, mais qui ne poussent pas les autres protagonistes à le haïr outre mesure. De sorte que Lignière, les Sœurs du couvent, les Cadets de Gascogne, et tout ce petit monde qui gravite comme des satellites autour des héros, ne sont pas là pour faire « joli », mais plutôt pour renforcer et épanouir chaque acte, chaque sentiment, chaque mot de l'auteur et de ses représentants.


Armand Giordani


Nota : Ce spectacle a connu une première version en 1999 pour la Compagnie de la Renaissance.





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Publié le 21 / 03 / 2007.


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