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Sur scènes et sur écrans

1983 - Jacques Weber

Paris - Théâtre Mogador

300 représentations devant 450 000 spectateurs, à Paris d'abord puis à Lyon.

« La gentillesse est la noblesse de l'intelligence », écrit celui qui restera certainement le plus formidable des Cyrano contemporains ; un rôle qu'il a habité, qu'il a habité, sans doute comme peu de comédiens avant lui. Jacques Weber, -était-ce un exorcisme ? ou plus simplement la volonté de continuer le dialogue nous livre son témoignage, telle une confession amoureuse faite à un lecteur qui se sent devenir l'ami de l'auteur.



Avec Charlotte de Turckeim. Mise en scène de Jérôme Savary.

Avec Charlotte de Turckeim. Mise en scène de Jérôme Savary.

A vue de nez



Des mots forgés à vif, sans recul ni réflexion, des mots en danger de liberté reconstituant les chantiers de l'harmonie... Etre en harmonie avec un rôle, c'est dire plus simplement qu'on le joue mieux... Redonner à mon parcours son poids de chair et de sang, telle est la mission de ce livre.



Cyrano a gardé son mystère, et au-delà de l'énoncé prétendu libre de ces lignes, je ne suis pas sorti du mien. L'étude littéraire ou critique ne m'appartient pas, celle de l'acteur non plus. Je ne donne ni leçon, ni recette, encore moins de loi. Non, je livre une histoire, celle d'une rencontre, engendrant bouffée d'amour, éphémère bonheur, mais aussi ?mille petits dégoûts de soi dont le total ne fait pas un remord mais une gêne?.



De l'autopsie d'une journée entre Cyrano et moi, retrouverons-nous les matériaux, les exactes fondations et charpentes des chantiers dont je parlais plus haut ? Je ne sais...

- Quels mots me direz-vous ? demande Roxane.

Et Cyrano s'enflamme :

Tous ceux, tous ceux, tous ceux,

Qui me viendront, je vais vous les jeter en touffe,

Sans les mettre en bouquet :je vous aime, j'étouffe,

Je t'aime, je suis fou, je n'en peux plus, c'est trop...



Un vers brisé par l'émotion, un visage brisé par un vilain nez, ma voix brisée par trop de nez. L'harmonie détruite. C'est un peu son histoire que je veux raconter. J'aime Cyrano, je n'en peux plus, c'est trop ».Entre cour et dessin





« Si un jour on ne joue plus Cyrano, c'est que le théâtre sera malade ».



Dans le répertoire dramatique français, Cyrano de Bergerac occupe une place exceptionnelle. A une époque où le théâtre nous propose des formes d'expression très diverses, qui chacune ont leurs tenants et leurs défenseurs, cette pièce reste acceptée par tous. Beaucoup de jeunes gens ont choisi notre métier en découvrant cette oeuvre et tous les comédiens sans exception ont rêvé de jouer ce merveilleux rôle fait de passion, de générosité et de « panache » pour reprendre l'expression même de l'auteur. Chaque décennie a eu ses deux ou trois Cyrano que tous ceux qui n'ont pu réaliser ce rêve ont toujours regardé avec envie.

On aurait pu craindre qu'avec les tendances actuelles, cette pièce connaisse une éclipse. Heureusement Jacques Weber, merveilleux comédien qui n'a plus rien à prouver, mais qui a la sagesse d'aimer le théâtre sous toutes ses formes, a le courage d'aborder le rôle. Qu'il soit remercié d'avoir osé, car je crois que si un jour on ne joue plus Cyrano, c'est que le théâtre sera malade.



François Perrier, texte paru dans le programme du théâtre Mogador, 1983.





La B.D. bien vivante est un bon théâtre de poche individuel et portatif.

Non content d'être Cyrano au théâtre, et de l'avoir mis en scène, de jouer de Guiche au cinéma, Jacques Weber est devenu aussi héros de bande dessinée. Voici ce qu'il écrit dans la préface de l'album.



Etait-il un homme comme les autres ? Certes, son grand nez le prédisposait à être, sinon remarqué, du moins regardé, et puis il était écrivain et s'il n'était pas encore reconnu du grand public, on le connaissait dans le monde des lettres.

N'était-il pas l'un des premiers auteurs de science-fiction ? Ne le voyait-on pas pas souvent en compagnie de Molière à la « Pomme de Pin » ou attablé avec quelques intellectuels de l'époque polémiquant violemment autour de Gassendi et de Descartes... ? Bien qu'on eût pu l'apercevoir dans les allées de quelques salons littéraires prestigieux, éclairés par les seules lumières de l'esprit parisien, il leur préférait sans nul doute, les ruelles pâles enluminées de lune, celle-là même qui le fit poète, mais à la lueur de laquelle il se transformait soudain en redoutable bretteur.

Non, il n'était pas tout à fait comme les autres, pourtant cet homme qui se disait « de Bergerac » a fini ses jours et Cyrano vivra toujours.



Que s'est-il passé entre sa vie et sa légende ? La grâce, le secret d'une oeuvre ? Nul n'a pu mettre à jour les lois internes de son prestigieux succès, cet équilibre spécifique du « donné » et du reçu » propre aux grandes oeuvres théâtrales. Le verbe de Rostand, son adjectif gourmand et tendre, ses vers parfois joufflus comme les joies enfantines, parfois droits et souples comme l'instant tragique, tout cela comme tout matériau théâtral, cisèlera l'espace et le temps, donnera au silence les partitions de la gloire ou de l'oubli : pourquoi cette « mélodie » touchera-t-elle au point d'être célèbre dans le monde entier ?



Pourquoi la tirade des nez, les non merci, les cadets de Gascogne, rejoindront les arias de Carmen, de la Norma, ces moments pris à l'éternité qu'il est permis de chantonner ?

Les règles de l'art s'arrêtent là où l'art commence...



Cyrano ne s'est jamais évadé de la scène. Que va-t-il se passer ? Le miracle va-t-il être le même ? différent mais intact. C'est sans doute dans les B.D. que j'ai commencé à jouer la comédie et à aborder les personnages les plus différents. N'étais-je pas mon Tintin, le seul capitaine Blake, l'unique et dangereux Olrik. Certes, l'image « en vie » du théâtre pouvait paraître figée, mais le montage, la division des plans, redonnaient le mouvement. Le coup de crayon était l'intonation que l'on m'aidait à prendre et la bulle blanche crevait le silence de l'image comme les mots au théâtre brisent l'espace.



Dois-je l'avouer, je n'ai jamais connu de meilleur Lucky Luke que moi-même et, ma foi, la B.D. bien vivante est un bon théâtre de poche individuel et portatif. Et puis, Cyrano n'est-il pas au théâtre ce que Tintin est à la B.D. ? Mais un Tintin fumant le cigare de Corto Maltes, montant en pantalon de golf les chevaux de Blueberry, et qui chercherait (contemplé par les siècles ou nos jeunes années) la énième façon d'aller sur la Lune.



Mais, comme Tintin, Cyrano est trop fort, nul ne peut le sortir de sa légende, tous deux ont des gueules de chef-d'oeuvre, taillées dans la pierre de leur histoire. Etre scrupuleusement fidèle aux cinq actes de Rostand, à ses vers comme à son époque, c'était la seule voie permise à notre aventure, et sans doute aussi un vrai moyen pour vous d'entendre dans quelques instants résonner les trois coups à la cuisine ou au salon, et être pour quelques heures le plus grand des Cyrano.



Et puis, au théâtre ?...

Chaque soir, Cyrano finit ses jours, mais le vôtre vivra toujours.

Jacques Weber Anecdote : Si Weber eut un réel succès - mérité -, il faillit y laisser sa santé. Le 24 février 1984, il a senti une phrase déraper et sa voix partir en arrière. Le lendemain, c'était trois phrases. Puis des crises d'angoisse. Enfin une dépression caractérisée. Mais heureusement, l'écriture de ce livre, va lui permettre d'évacuer cette anxiété.





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Publié le 14 / 04 / 2005.


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