Lundi 24 juillet 2017

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La lettre à Roxane écrite chez Ragueneau

Enfin, le texte en entier nous est révélé !

Jusqu'à aujourd'hui, on ne connaissait que quelques mots de la première lettre écrite par Cyrano à Roxane. En exclusivité mondiale, Michel nous en révèle ici l'intégralité...


Michel nous a tout d'abord envoyé une première version, sans doute retranscrite à la hâte par un copiste distrait, ce qui avait provoqué de notre part quelques réserves amicales. Reconnaissant la pertinence de nos observations, Michel a repris sa plume pour nous offrir une deuxième version de cette fameuse lettre, mieux ajustée que la première !


Première version de la Lettre à Roxane

Une flèche en plein cœur peut du ciel être un don
Quand l’archer qui l’envoie se nomme Cupidon.
Moi, mon cœur a saigné sans qu’aucun médecin
N’ait pu cicatriser cette plaie du destin.
Je vous aime Roxane, et plus longtemps ne puis
Retenir cet aveu qui de ma main s’enfuit.
Plus de cent fois déjà tout mon être a tremblé
Au moment fatidique où j’allais le confier.
Mais je suis pétrifié au son de votre voix
Et je m’évanouis de peur quand je vous vois.
Je vous aime n’est pas chose facile à dire
Quand celui qui l’avoue n’est pas loin d’en mourir,
Et craint plus que la mort que sa déclaration
Vous soit du même effet qu’une déclamation.
Et si la crainte existe à devoir vous l’écrire,
Mon cœur, sans me trahir, se met seul à rougir.
Vous aimer est folie quand on a mon visage.
La nature chez moi a raté son ouvrage,
N’offrant à vos regards qui sont un pur délice
Que l’indélicatesse d’un nasal appendice.
Mais le cœur ne peut se complaire à la raison
Et se plait à rêver d’une douce illusion :
Que l’être tant aimé, celui qui vous est cher,
Ne voit que l’émotion et non le bout de chair.
Je vous aime en secret depuis le premier jour
Et je frémis d’espoir, souhaitant qu’à leur tour,
De ce que je vous dis, vos lèvres adorées
Me rendent un écho qui serait un baiser.

Michel Rossignol, alias Savinien de Cyrano de Bergerac
N.B. le dixième alexandrin est le seul qu’Edmond Rostand nous laisse entrevoir dans son œuvre.

Réponse de Thomas à Michel

Cher Monsieur, jolie initiative en effet, et joliment réalisée, bravo. Vous avez habilement glissé le "Et je m’évanouis de peur quand je vous vois"; et aussi un "je vous aime" en début de vers un peu avant. Très bien.
Mais là où je m'inscrit en faux, pour ne pas dire que je m'insurge, c'est l'absence de trois autres citations.
On trouve en effet, en fin de vers un "vos yeux", et un "vos lèvres" et en toute fin de lettre : "qui vous aime".

D'autre part, vous voudrez bien remarquer que :
- Notre ami commence à écrire après le vers : "je n'ai tout simplement qu'à la recopier".
- Le "je vous aime" arrive au 10ème vers de la scène.
- Le "vos yeux" sont trois vers plus loin.
- Le "vos lèvres" deux vers plus loin"
- Et que le "et je m'évanouis" un vers plus loin, soit au 16è (ce vers se situant par ailleurs un vers avant que la lettre ne se termine).
Or dans votre lettre, vous le placez en 9ème, ce qui laisserait supposer que Cyrano écrit avec sa plume de cygne plus vite que ne parlent Ragueneau et les poètes.

En d'autres termes, c'est un peu court jeune homme. Vous me direz que je compte les vers comme un épicier (disons comme Lise) et pas comme un poète. J'en conviens. Mais après tout, vous qui rimez avec tant d'allégresse, vous mettre sous le nez un défi supplémentaire, voilà qui devrait vous faire sourire.

Bien cordialement
Thomas


Réponse de Michel à Thomas

Cher Monsieur,
Merci pour votre réponse à mon envoi, et chapeau bas pour la justesse de l'analyse et la pertinence des commentaires.
Il est bien vrai que la robe de ma lettre n'est pas bien ajustée à la penderie qui devrait la contenir, peut-être parce que l'aiguille qui l'a cousue et brodée n'était pas celle d'un tailleur-ajusteur chevronné mais plutôt celle d'un petit costumier amateur privilégiant son idée de l'ouvrage au détriment, je le confesse, de la perfection de la coupe. Il est donc bien exact, et vous l'avez noté, que "vos regards" ont remplacé "vos yeux", que "vos lèvres" sont adorées en fin de vers, et que le vers de mon "je vous aime" est situé dans le 10ème et non dans le 16ème, mais qu'importe l'arrondissement lorsqu'il s'agit de sentiments...

Tout ceci pour vous dire, et vous l'aurez sans doute deviné, que tout comme Cyrano assumant les imperfections de son nez, je suis prêt à assumer celles de mon texte, même s'il est mal "nez" car c'est ainsi qu'il a choisi de naître et d'exister.

Il peut donc être publié tel quel, si toutefois vous y consentez. Ceci étant, c'est avec grand plaisir que je relève le défi sympathique que vous me proposez, non pas de revoir ma copie, mais d'essayer d'imaginer une autre lettre qui pourrait coller en tout point au texte d'Edmond Rostand, sans aller jusqu'à parler d'encastrement.
La promesse en est faite et elle sera tenue, mais sans engagement de délai, la conjonction du temps disponible et de l'inspiration n'étant pas toujours chose facile à obtenir.
Bien cordialement,
Michel Rossignol


Cochon qui s’en dédie !


Et deux mois plus tard, arrivait enfin la lettre authentique !


Combien de fois tremblant, de peur de vous déplaire,
J’ai choisi de souffrir en préférant me taire.
Faisant le mauvais choix, j’étouffais de douleur
A ne vouloir jamais laisser parler mon cœur.
Mais l’heure est arrivée de déclarer ma flamme
A l’être cher pour qui je donnerais mon âme.
L’élégance eut été de vous le confesser
De vive voix bien sûr, et non sur un billet.
Qu’importe le moyen pour peu que je le dise :
Je vous aime à mourir, mais de façon exquise,
Car pourrait-on rêver destin plus merveilleux
Que d’être naufragé dans l’éden de vos yeux…
Je frissonne d’émoi et sens monter la fièvre
A la seule pensée du dessin de vos lèvres…
Tout mon corps est transi au son de votre voix
Et je m’évanouis de peur quand je vous vois.
Pardonnez l’émotion de celui qui vous aime…
(Pas besoin de signer. Je la donne moi-même)


Voilà qui mérite un coup de chapeau ! Merci Michel





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  Auteur

Michel Rossignol

Michel Rossignol

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Publié le 21 / 04 / 2007.


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