Lundi 24 juillet 2017

Actualités
Nouveautés
Cyrano raconte Savinien
Roxane et les autres
Le siècle de Cyrano
Rostand raconte Cyrano
Coquelin, le 1er Cyrano
Edmond Rostand 2018
Sur scènes et sur écrans
Cyrano en 1001 images
Promenades imaginaires
Les films de cape et d'épée
Vos contributions
Les traductions
La bibliographie
La CD et vidéothèque
La boutique de Ragueneau
Musée Cyrano(s) de Bergerac
Quiz
La lettre de Cyrano
Recevez toute l'actualité de Cyrano par e-mail : spectacles, éditions, nouveautés, découvertes ...
Abonnez-vous gratuitement !





De l'inconvénient d'être nez

ou le panache sous la cendre

Sous les cendres du monde moderne, il est une figure qui, par-delà les faux nez que l'on côtoie, appelle à la révolte individuelle, à résister à l'utilisation de subterfuges faciles et viciée prônés par des bouffons à têtes plates : Cyrano de Bergerac, le héros de la pièce d'Edmond Rostand.


En mod√®le de souffrance, il nous renseigne sur nous-m√™me et nous invite √† tomber le masque qui camoufle notre laideur intime. Son nez, ainsi qu'un gnomon, nous indique la voie de la transfiguration induisant des tourments in√©vitables, notamment celui de montrer et de regarder un « tel nez » en face.



Néanmoins, c'est en homme de défi que Cyrano à décidé d'être admirable en tout, pour tout. Il n'est que temps de se rallier à son panache et de suivre son exemple? jusqu'à la mort même.





Ouverture

Nez en moins, Cyrano e√Ľt √©t√© une triste figure, un chevalier sans relief ou un mousquetaire camus ; un aventurier en qu√™te de gloires √©piques, un bretteur empanach√© de renomm√© romanesque aux algarades irritantes ou un mercenaire vulgaire qu√™tant solde: un « Don Quichot » √† la lance raccourcie.



N√©anmoins, il r√©ussit √† provoquer l'empathie du spectateur et du lecteur par sa dimension d'√™tre souffrant. Sa protub√©rance est un « cap » effroyable, un « pic » vertigineux et une « enseigne » agrippant les regards, amenant rires et larmes, pressant chacun √† s'interroger sur ses propres faiblesses, et √† se positionner sur ce « roc » de souffrances consubstantielles au h√©ros « nasig√®re ».



D'aucun ont renvoy√© le h√©ros de Rostand dans les limbes du th√©√Ętre d'amusement et de la bouffonnerie inutile d'un fanfaron d√©blat√©rant la tirade des nez. D√®s la repr√©sentation achev√©e, on se d√©p√™che d'en oublier les le√ßons par trop engageantes. Ne retenir que la pi√®ce scurille (bouffonne) est un monument d'erreur. Car le gascon est une « p√©ninsule » √©ruptive ; ses coups de semonces sont signes de r√©volte et nous forcent √† l'exaltation comme gage de survie. Le regard du spectateur se braque sur l'appendice de Cyrano, alors que celui-ci invite √† voir plus loin? que son nez.



En refermant l'ouvrage tellurique on est mis face √† son propre gouffre. L'√™tre plein de vide pleure sur son inconsistance. C'est le verbe haut que Cyrano secoue les √Ęmes percluses en leurs complaisantes l√Ęchet√©s. Sa fr√©n√©sie est le deleatur appos√© sur les contrats d'effacements propos√©s par les tenants de la dilution de soi, ceci au profit de communaut√©s qui ne voient , dans cette mobilit√© convulsive, qu'un divertissement permettant d'oublier ce nez fossoyeur. DIVERSION r√©pondent ceux qui ont choisi Cyrano comme p√®re ontog√©nique, comme g√©niteur ontologique. L'action est son arme de poing dress√©e devant l'envahissante ennemie qu'est la douleur de vivre.



Sa lucidité augmente sa souffrance :

« Mais que faudrait-il faire ? »

se laisser submerger ? « NON MERCI »

Pactiser ? « NON MERCI »

C√©der ? « NON MERCI !»



Sa souffrance ? Fi !

Exemplaire, Cyrano nous enseigne l'inéluctable, celui lié à la condition d'humain condamné à la mélancolie produite par l'ennui et la vanité de la vie ; il nous dicte les moyens de dépasser puis de révoquer ces contraintes sclérosantes, pour enfin transmuer ces entraves en étais sustentateurs de l'érection d'une existence empanachée.



Avec un tel panache affich√© d'embl√©e ? la tirade des nez -, avec tant de force ensuite ? le duel- , il appara√ģt √©vident que plus la douleur est profonde, plus la grandeur se veut √©clatante. Monsieur de Bergerac a d√©cid√© « d'√™tre admirable en tout, pour tout », et c'est avec ce nez qu'il va acc√©der aux cimes o√Ļ l'air se fait plus rare. D√©sirer cela demande beaucoup d'abandon car viser l'excellence ne se con√ßoit pas sans une certaine l√©g√®ret√©, dans les deux sens du mot : sans bagages, sans « partis compliqu√©s √† prendre », sans attaches ; l√©g√®ret√© dans l'approche badine, avec la d√©sinvolture apparente qui camoufle l'effort surhumain du geste mais qui vise le sublime.



Se souciant peu du lendemain, notre capitan jette sa bourse ? pivot de l'?uvre de Rostand ?avec cette aisance qui ferme la bouche de la cantonade qui ne peut qu'admirer le geste. Ce n'est que dans l'intimité, avec son ami Lebret, par lui élu, qu'il s'épanche et déclare son dénuement, tout en avouant sa recherche du beau geste ; se fichant de son inconfort :



« Jeter ce sac d'√©cu, quelle sottise !

Oui mais quel geste »




Tout l'acte premier est parsem√© de la geste de Cyrano qui aurait √©t√© toute autre sans cette dimension seconde de notre homme : celui de po√®te. D'artiste en somme. Est-ce l'habitude de c√ītoyer les muses qui le nimbe de ce sublime ineffable ? Il faut le croire. La dimension d'artiste de Cyrano est capitale pour saisir ce sens de l'aigu√ę, de l'esth√©tique ; son d√©sir d'excellence l'a propuls√© sur ces terres arides o√Ļ se rencontre peu de monde.



C'est pourquoi le duel rim√© attire les suffrages de l'assembl√©, m√©dus√©e d√©j√† par le geste de la bourse jet√©e. La sc√®ne du balcon, plus loin dans l'acte III, confirme la parent√© avec la Beaut√© que d√©montre le po√®te dans cette autre escrime qu'est le verbe. Ceci n'est d√Ľ qu'√† un entra√ģnement acharn√©. En effet, l'entra√ģnement est l'antichambre de l'habitude : qui veut le beau geste doit √™tre habit√©. La bonne attitude provient des bonnes profondeurs ; on est tous capable de cette apn√©e.



L'homo sapiens est habité par la courte respiration. Sa sapiens est un ballon de connaissances, de cultures qui va l'élever, l'enlever de son atonie.



Le laisser-aller, ne rien faire √©tant son √©tat naturel, il doit en permanence se mettre en mouvement et acqu√©rir l'habitus par une praxis oxyg√©nante. L'√©ducation est circonscription de soi, entra√ģnement √† l'√©l√©vation.



Cyrano devenu bretteur hors-pair en poésie comme en escrime montre dans les faits cette supériorité de l'art insufflé dans sa vie en vue de façonner un triptyque biographique sur des trames tendues de tragédie.



Ce texte est extrait d'un opus plus long, avec pour soutitre : Ma√ģeutique cyranienne. Ce titre est inspir√© "de l'inconv√©nient d'√™tre n√©" de Cioran ; ce n'est que plus tard que j'ai d√©couvert que Cyrano est l'anagramme de Cioran; comme quoi... On peut passer de Cioran √† Cyrano, du pessimisme le plus aigu √† un r√©alisme optimiste le plus lumineux, en somme.





Térence Carbin par lui-même

« Me pr√©senter ? vous n'y pensez-pas, car moi-m√™me je ne sais qui je suis (mais je sais o√Ļ je vais).

Po√®te, philosophe, bretteur hors-pair, r√©pondant du "tac au tact", voyageur d'en France, auteur radiophonique (eh oui!) et depuis peu, travaillant pour un cr√©ateur d'accessoires de mode, model, cr√©ateur moi-m√™me de v√™tements "th√©atraux", contemplatif, promenant mon panache, ici ou l√†, le nez en l'air en √©vitant de m'enrhumer de l'air du temps,... en un mot je suis tout et ne suis rien. Ma vocation ? L'INUTILE ! »





Page précédente Page suivante


FRANCE


  Auteur

Terence Carbin

Terence Carbin



Publié le 06 / 01 / 2007.


  Outils

  Imprimer       Envoyer


  Retour


  Publicité



© 2005-2017 Atelier Thomas Sertillanges  |  A propos du copyright  |  Liens  |  Contact

Ce site est en constante évolution, au fur et á mesure de mes découvertes, ou des vôtres.
Toute information ou contribution nouvelle sera la bienvenue. Merci d'avance.