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Six "Molières" pour le "Cyrano" du Français

L'académie des Molières 2007 avait nommé sept fois le Cyrano du Français, elle l'a récompensé - de façon plus ou moins méritée - six fois.


Eric Ruf le méritait doublement, il l'a été doublement ! Il emporte un trophée pour le Meilleur second rôle (un Christian admirable débarrassé de l’inconsistance dans laquelle le cantonnait la plupart de ses prédécesseurs), et une deuxième statuette pour les décors, vraiment très beaux.

Les lumières les mettent d’ailleurs très bien en valeur, ainsi que les différentes ambiances de la comédie héroïque, et Stéphanie Daniel est justement récompensée pour leur création.

Si par "Théâtre public" l'on récompensait un spectacle qui a les faveurs d'icelui, alors la récompense est encore justifiée pour ce titre. L’ironie des nominations dans les organismes publics – pour ne pas parler de fait du prince – fait que la récompense tombe dans les bras de la nouvelle administratrice Muriel Mayette, alors que c’est à son prédécesseur, Marcel Bozonet, que revient le mérite – si mérite il y a – d’avoir initié ce spectacle.

Les costumes de Christian Lacroix ne sont pas rebutants... sous réserve que l’on approuve l’idée étrange, surprenante et discutable du metteur en scène consistant à faire vivre ce Cyrano quelque part entre des bourgeois fin XIXe et des Poilus de 14-18 ! Quand on sait combien Edmond Rostand s’est ingénié à re-créer le XVIIe siècle de son héros... Costumes honorables donc, mais qui est récompensé par ce Molière ? Le créateur de ces costumes, ou tout simplement la star de la mode dont le nom fait si chic sur l’affiche ? La couleur des tenues des Cadets de Gascogne n’est pas sans rappeler celle des contrôleurs de la SNCF ; que l’on ne nous cache rien : il restait un stock de tissu ? Dominique Borg pour Marie Stuart, Emmylou Latour pour Cabaret ou Emmanuel Peduzzi pour L'Importance d'être Constant sont probablement des noms moins connus, mais leurs créations méritaient certainement tout autant cette distinction.

On aura naturellement compris que nous aurions à la rigueur dédié un Baro à Denys Podalydès, mais certainement pas un Molière... S’il nous a souvent convaincu de son talent, au théâtre comme au cinéma ou à la télévision, comment a-t-il bien pu transformer en galère la magnifique caravelle qu’est le vaisseau Cyrano ? Il confiait, dans une interview à la presse, n’avoir jamais été un passionné du chef d’oeuvre d’Edmond Rostand. L’envie de monter la pièce lui avait été soufflée par un ami qui, en voyant Michel Vuillemoz, lui aurait assuré : « On tient là un vrai Cyrano ! » Assistant à La Forêt d’Alexandre Ostrovski où ce comédien jouait Infortunatov, nous nous étions fait la même réflexion.

Les quelques très belles scènes, certaines de pures merveilles, ne parviennent cependant pas à nous faire pardonner des idées absurdes, des partis pris abscons, des contresens dont on ne parvient pas à trouver la justification. En faire la liste serait fastidieux, et il est inutile de réveiller de mauvais souvenirs... Denis Podalydès doutait-il de sa capacité à inventer un Cyrano d’aujourd’hui, à la fois moderne, innovant et fidèle à l’esprit de la pièce ? C’est ce qui expliquerait peut-être la présence à son côté, dans le rôle du « dramaturge », d'Emmanuel Bourdieu. On ignore sa part de responsabilité dans ce spectacle dont on avait tant rêvé, et qui nous a tant déçu.

Sur la scène des récompenses, Michel Vuillermoz est resté sur le banc. On peut imaginer sa déception de se voir écarté du palmarès d’un spectacle dont il interprète (avec quelques moments heureux et d'autres aberrants) le rôle-titre, et celle-ci explique sans doute sa tentative plus cabotine qu’empanachée de faire bonne figure quand il s’est retrouvé au milieu de l'équipe montée sous les projecteurs pour récupérer le titre de Meilleur spectacle public.

Arnaud Montebourg s’était récemment taillé un joli succès en osant : « Le problème de Ségolène Royal, c’est François Hollande ». Nous reprendrions volontiers la formule : « Le problème de Michel Vuillermoz, n’est-ce pas Denis Podalydès ?»
 
A la sortie de la représentation, partagés entre tristesse et fureur, nous avions jeté sur le papier : « Si vous ne connaissez pas la pièce, vous pouvez allez la voir, même si, à notre avis, ce n’est pas à une bonne représentation de Cyrano que vous assisterez ; si vous la connaissez un peu, vous pouvez tenter d’aller la redécouvrir : c’est toujours une émotion que de pénétrer dans la Comédie-Française et d’emprunter son bel escalier, sous le regard de tant de générations de talents, et vous profiterez de quelques bons moments. »

En conclusion de ce “papier” que nous aurions largement préféré remplacer par un simple et sincère « Bravo ! », nous voudrions préciser que nous ne croyons pas être des puristes sans imagination qui resteraient convaincus que, depuis Coquelin l’Aîné, mis en scène par Edmond Rostand, nul n’est digne de jouer le rôle ou de monter la pièce. Passionnés depuis toujours, nous avons assisté à des dizaines de Cyrano, de celui de Shimada Shôgo qui interprétait tout Cyrano à lui tout seul – comme le fit aussi Jean-Luc Borg – à celui de Patrick Préjean, tout de finesse et d’émotion, offrant une vision intimiste du chef d’œuvre sur la petite scène du théâtre du Ranelagh, en passant par une troupe de la Commedia dell'Arte, sans parler de ceux qui firent l’unanimité, les Weber, les Santini, bien après Jean Piat lui-même. Naturellement que l’on peut – que l’on doit ! – re-lire Cyrano et en donner des visions nouvelles... A condition de n’être ni myope ou, pire, aveuglé par des fantasmes de mise en scène, lesquels sont tombés sur ce malheureux Cyrano... Qui n’en demandait pas tant !


N'hésitez pas à nous faire part de vos réactions, dès maintenant si vous l'avez déjà vu, à partir du lundi 15 juin, lorsque France 2 aura diffusé – en direct – à 20 h 50 ce spectacle. Le premier d'une série consacrée au théâtre. L'événement était connu depuis quelques mois, mais il manquait encore la date. Ce n'est donc pas une surprise et France 2 réalise une bonne affaire, sans risque.

Quoique...

 




FRANCE


  Auteur

Ludovic Diamant-Berger

Ludovic Diamant-Berger



Publié le 23 / 05 / 2007.

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